Nous avons rencontré

Rinzin du Tibet ou l’art de faire dialoguer les saveurs

Rencontre avec Rinzin Wangdue

Voyager au Tibet, depuis un restaurant de Savigny-sur-Orge. C’est la sensation que nous avons eue en dégustant des momos (raviolis) ou une thukpa (bouillon) au 3 Taste Kitchen, un restaurant qui, comme son nom l’indique, propose deux autres cuisines, thaï et japonaise. La personne qui en est à l’origine est en revanche bien tibétaine, tout comme sa compagne. Tout autant que les plats traditionnels de son pays, c’est son parcours de vie qui nous a motivé à témoigner de notre rencontre dans notre blog quand bien même celui-ci est en principe dédié à des d’échanges autour de nourritures plus « intellectuelles ». Mais la sérendipité réserve des surprises dans bien d’autres domaines, même si c’est en connaissance de cause que nous nous sommes rendu dans ce restaurant : sur une suggestion de notre amie elle tibétaine, Choeden, que nous remercions au passage.

– Pouvez-vous commencer par caractériser le lieu où nous sommes ?

Rinzin Wangdue : Vous êtes, ici, au 3 Taste Kitchen, un restaurant qui, comme son nom l’indique, propose trois cuisines : thaï, japonaise et tibétaine.

– Précisons que vous êtes en France depuis une dizaine d’années. Pouvez-vous rappeler les circonstances de votre arrivée ?

Rinzin Wangdue : Oui, je suis arrivé en France depuis le Népal où je résidais alors et où je suis né de parents tibétains. Je suis arrivé en France après un long parcours, en traversant plusieurs pays via la Thaïllande,.. Ce qui m’a pris plus d’un mois…

– Par voie terrestre ?

Rinzin Wangdue : À certains moments, j’ai pris l’avion, sinon, j’ai parcouru les distances à pied ou en car ou en voiture…

– Vous faites partie de ces migrants qui sont arrivés sans visas…

Rinzin Wangdue : Je n’avais ni visa ni passeport…

– Et pourquoi avoir fait le choix de la France ?

Rinzin Wangdue : Une de mes amies y vivait déjà…

– Parliez-vous déjà français ?

Rinzin Wangdue : Non… J’ai appris le français plus tard, petit à petit… Aujourd’hui, je me débrouille… Durant les six premiers mois, j’ai vécu dans la rue… J’avais des amis mais ils n’avaient pas de place pour m’accueillir… On m’a suggéré d’aller à Conflans-Sainte-Honorine pour trouver refuge dans des bateaux… Il y avait plus de migrants que de places disponibles dans les refuges… Au bout de six mois, j’ai obtenu l’asile. Dès que j’ai obtenu des papiers, je suis parti à la recherche de travail. J’étais prêt à faire n’importe quoi. J’ai commencé comme plongeur dans un restaurant japonais, à Angers. Au bout d’un moment, j’ai voulu devenir mon propre patron.

– Ce que vous êtes parvenu à faire en ouvrant ce restaurant…

Rinzin Wangdue : Oui, je l’ai ouvert au mois de mai de cette année [ 2026 ]. À l’origine, c’était un restaurant thaï. J’ai élargi l’offre à de la cuisine japonaise et de la cuisine tibétaine, car je souhaitais faire découvrir celle-ci. Au début, les clients demandent plutôt de la cuisine thaï ou japonaise, mais une fois qu’ils découvrent les spécialités tibétaines, ils apprécient et en redemandent. Ce qui, bien sûr, me fait plaisir.

– Vous proposez plusieurs spécialités…

Rinzin Wangdue : des momos, autrement dit des raviolis, végétariens, Johl ou Chili ; une thukpa [ un bouillon ] ; des shabaklap [ des chaussons au bœuf aromatiques ], du poulet croustillant, des aubergines fondantes dans une sauce secrète aux deux sojas,… Du côté des boissons, nous proposons du thé au lait, de la bière tibétaine,… Je précise que tous les plats sont fait maison, y compris les plats thaï et japonais.

– Précisons que vous n’êtes pas seul : vous travaillez avec la personne qui assiste à l’entretien !

Rinzin Wangdue : En effet, c’est ma compagne. Nous travaillons ensemble.

– Comment avez-vous fait connaissance ? Dans le restaurant japonais où vous travailliez ?

Rinzin Wangdue : Non, nous nous sommes rencontrés par hasard, à La Défense. Nous y étions allés chacun pour faire des courses. Nous avons discuté puis échangé nos numéros de téléphone…  Ma compagne assure maintenant le service en plus de m’aider à la cusine.

– Comment cela se passe-t-il ?

Rinzin Wangdue : Nous faisons des ventes par le truchement des livraisons à domicile. Mais j’aimerais davantage de clients dans le restaurant lui-même. Nous réfléchissons à la manière de faire mieux connaître notre restaurant : nous avons déjà distribué trois mille flyers dans le voisinage. Nous sommes sollicités par des influenceurs. Pourquoi pas.

Propos recueillis par Sylvain Allemand

Pour découvrir à votre tour ce restaurant et ce couple de Tibétains, cliquer ici.

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