Dans le nu de l’humain

De Nouakchott à Bordeaux en passant par Sarajevo, la bande de Gaza, l’Argentine, l’Albanie, le Nicaragua, etc., le parcours de vie de Wally Diallo défie le récit biographique ordinaire : avant d’être un créateur de sites web sur mesure, il a été animateur de colonies de vacances, journaliste reporter d’images, humanitaire, etc. Amateur de voile, de vélo, etc., il a même failli devenir boulanger à Buenos Aires… Avec, à chaque fois, la même aspiration : faire de chacune de ses expériences professionnelles, de chacun de ses voyages, une aventure propice à de nouvelles rencontres humaines.

DÉTAILS TECHNIQUES

Auteur(s) : Wally Diallo
Catégorie(s) :
Nombre de pages : 204 pages
Format : 100x190 mm
Date de parution : 15 septembre 2026
ISBN : 978-2-488570-05-3
Prix : 15,00 

Extrait

SI JE VOUS DIS… NOUAKCHOTT ?

C’est la ville où je suis né, en 1968, et où j’ai grandi. J’y ai vécu jusqu’à mon année de 6e et notre départ pour la France, en 1979 – j’avais onze ans. À l’époque, Nouakchott était loin d’être la grande ville qu’elle est devenue depuis. Dans les années 1970, elle ne comptait en tout et pour tout qu’un feu rouge [rire]. Aujourd’hui, elle concentre les trois quarts de la population mauritanienne.
Mes années d’enfance à Nouakchott, je m’en souviens comme des années de liberté. Avec mon frère aîné et d’autres gamins de nos âges, nos passions nos journées dans la rue, faisions ce que nous voulions. Bien sûr, nous allions en classe, mais dès que l’école était finie, nous partions « trainer » – dit comme cela, c’est un peu excessif, c’est pourquoi je le dis entre guillemets, car nous restions quand même dans les limites d’une bourgade au vu et au su de tous !
Avec mon frère aîné, nous n’avions que onze mois d’écart. Mais comme j’ai sauté une classe, le CP, nous avons finalement passé toute notre scolarité ensemble. Comme nous partagions aussi la même chambre et que nous avions les mêmes amis, nous ne nous quittions jamais ! Nous fréquentions un club de sport pour y faire du judo, notamment. Un lieu particulier : il s’appelait le Racing Club Nouakchott et, à mes yeux, il symbolisait bien ce que nous étions à cette époque : le fruit d’une rencontre entre la Mauritanie et la France avec tout ce que cela peut avoir de positif mais aussi de négatif. En réalité, ce club était fréquenté exclusivement par des coopérants et des enfants de coopérants. Les seuls noirs qu’on pouvait y rencontrer, c’était les serveurs…

– Qu’est-ce qui vous autorisait donc à y aller pour y faire du sport ?

Notre mère était blanche, Française, née en France. C’est cela qui nous autorisait à accéder à ce club. Je m’empresse de préciser qu’il n’y avait pas d’interdiction formelle faite aux Mauritaniens de s’y rendre – en tout cas, je n’en ai pas le souvenir – mais il se trouve que les seuls à fréquenter ce lieu étaient des coopérants et leurs enfants. Je me rappelle aussi que les rares fois où notre père venait nous chercher, les regards étaient quand même un peu insistants…
En dehors du club, nous côtoyons aussi des enfants de coopérants, mais sans de véritables relations de camaraderie. Parmi les seuls non Mauritaniens, notre seul véritable ami était un Libanais – ses parents étaient de ces commerçants comme il en existe de nombreux, originaires du Liban, en Afrique de l’Ouest. Lui et sa famille étaient pour le coup pleinement intégrés dans la population locale.
Hormis les fois – pas si nombreuses – où nous faisions du sport, nous passions notre temps dehors. À l’époque, les rues n’étaient pas bitumées avec des trottoirs nets, comme aujourd’hui, mais de sable. Nous nous baladions, faisions les « quatre cents coups », allions chasser les oiseaux avec nos lance-pierres et autres frondes… Le Nouakchott de mon enfance, c’était cela…

– Quels liens avez-vous conservés avec cette ville ? Avez-vous eu l’occasion d’y retourner ?

Oui. Sachant que le pays où je retourne en ayant le sentiment d’être chez moi, c’est plus le Sénégal que la Mauritanie. Du temps où nous étions à Nouakchott, mon père avait pas mal voyagé à travers l’Afrique, avant de revenir à ses premières amours, le Sénégal et Dakar en particulier. Cela étant dit, je suis retourné en Mauritanie, cela fait déjà une vingtaine d’années. J’y ai retrouvé ce que je connaissais, c’est-à-dire le désert – la Mauritanie est un vaste espace désertique qui plonge vers la mer. Ce dont j’ai gardé des souvenirs d’enfance : dès que nous quittions la ville, nous nous retrouvions dans le désert, où nous aimions jouer. Notre père essayait de nous apprendre l’arabe en écrivant son alphabet sur les dunes… Mais, nous, ce que nous préférions faire, c’était d’aller y jouer au ballon… Résultat : je ne parle pas l’arabe ni ne l’écrit, ce que je regrette aujourd’hui. Avec le désert, je retrouvais aussi la chaleur, forte, dont on peut commencer à se faire une idée, ici, en France, lors de ces épisodes caniculaires appelées à se répéter…
Quant à la ville de Nouakchott, elle a énormément grossi. Elle se prolonge désormais jusqu’à la mer, l’essentiel étant constitué de bidonvilles. En me promenant, j’ai quand même retrouvé traces de lieux où j’allais gamin : notre école, l’ambassade de France et son centre culturel. À l’époque, ce dernier était ouvert. Désormais, de hauts murs de trois mètres de haut se dressent devant l’entrée – probablement pour des raisons de sécurité. On ne voit plus rien de ce qui s’y passe. Quant à la scission entre le monde des coopérants et la population locale, elle saute encore plus aux yeux. Malgré tous ces changements, je ne regrette pas d’y être retourné. D’autant moins que j’y ai encore de la famille, notamment des oncles.

– Avez-vous pour projet d’y retourner avec vos filles ?

Si je retourne en Afrique avec elles, ce sera d’abord à Dakar. Bien sûr, je n’exclus pas de faire escale à Nouakchott, mais j’ai encore plus de famille à Dakar, dont des demi-sœurs. Et puis, tout est plus simple que ce pour s’y rendre et une fois sur place. Même si mon enfance a été mauritanienne, je me sens depuis longtemps plus proche du Sénégal dont j’ai la nationalité par mon père en plus de la française par ma mère.

De Nouakchott à Bordeaux en passant par Sarajevo, la bande de Gaza, l’Argentine, l’Albanie, le Nicaragua, etc., le parcours de vie de Wally Diallo défie le récit biographique ordinaire : avant d’être un créateur de sites web sur mesure, il a été animateur de colonies de vacances, journaliste reporter d’images, humanitaire, etc. Amateur de voile, de vélo, etc., il a même failli devenir boulanger à Buenos Aires… Avec, à chaque fois, la même aspiration : faire de chacune de ses expériences professionnelles, de chacun de ses voyages, une aventure propice à de nouvelles rencontres humaines.

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