Nous y étions

En passant par Vauhallan…

Conviée à la soirée de lancement de Vauhallan, carrefour du monde [1], un livre de conversations avec Renée Delattre-Nion, ancienne maire de cette commune, notre auteure Catherine Véglio[2] s’est mise en chemin depuis le quartier de l’École polytechnique (une des composantes du pôle scientifique et technologique du Grand Paris), à la rencontre de l’esprit du plateau de Saclay…

Venant du quartier de l’École polytechnique, sur le plateau de Saclay, j’ai vu de loin une grande bâtisse nichée entre les arbres. Un paysage bucolique à souhait, avec des cultures maraîchères, des fleurs et de l’eau. Et même une borne royale. Je n’ai pas fait d’emblée le lien, pourtant peu de temps avant, j’étais bien avenue Thomas Gobert, devant le siège de l’EPA Paris-Saclay.  « J’ai commencé par le plateau de Saclay et l’eau a coulé à Versailles. » Ainsi prononcés, les propos de l’ingénieur, architecte, mathématicien – et même sculpteur – du XVIIème siècle paraissent relever de la formule magique. À son époque, le plateau n’est encore qu’un vaste marécage. Mais il y a les rêves de grandeur du Roi Soleil et l’ingéniosité du bonhomme : pour les besoins d’alimentation en eau des fontaines du  Château deVersailles, Gobert concevra un remarquable système hydraulique.

De l’eau, ici

Comme l’expliquait en 2017 Gérard Delattre, feu le président de l’ADER, l’association dédiée à la préservation des étangs et des rigoles du plateau de Saclay, ce système, qui repose sur la loi de gravitation, a traversé les siècles : « Les quelque 62 km de rigoles et la dizaine de km d’aqueducs aériens et souterrains n’ont demandé que deux-trois ans d’aménagement et de construction. À l’heure où on parle de développement durable, il peut paraître pertinent de le valoriser. » Ces propos sont repris dans le livre de Renée Delattre-Nion. L’ancienne maire de Vauhallan, épouse de Gérard, souligne le rôle précieux de ce réseau dans les équilibres hydriques du territoire.

Depuis la borne à fleur de lys [en illustration], il me reste quelques centaines de mètres pour rejoindre la grande bâtisse en pierres meulières aperçue par-delà les champs. Je croise deux jeunes à vélo, des étudiants qui vont en cours à Saclay. Seraient-ils logés dans l’ancien bâtiment du « Château » de l’Abbaye Saint-Louis-du Temple de Vauhallan, dite Abbaye de Limon, qui développe un projet de coliving ? Inutile de les héler, la science n’attend pas ! J’apprends plus tard qu’ils sont une vingtaine de résidents, la majorité d’entre eux viennent d’AgroParisTech. La belle vie, pensais-je…

Des Sœurs aménageuses

Je précède de peu les Sœurs bénédictines de l’abbaye, venues en voisines au Jardin de Cocagne de Limon. C’est un grand jour pour l’équipe de ce chantier d’insertion, une ferme maraîchère biologique, animé par Marc Brémond. Yasmine Colin, accompagnatrice socioprofessionnelle, me confie la joie de tous ici de voir aboutir un projet collectif. Le maire, Bernard Gleize, et le « tout Vauhallan » sont présents pour célébrer le lancement d’une nouvelle activité : un atelier d’élevage de poules pondeuses pour proposer « des œufs bio extra-frais, locaux et solidaires ». 249 poules, sous les arbres exactement, « œufs’reuses » comme des gallinacés en plein air. Un fait suffisamment rare pour être souligné : en France, seulement 1 % de ces volatiles bénéficient de telles conditions d’élevage, précise Marc. Mère Anne-Sabine, nouvelle mère abbesse de la communauté, ne manque pas d’humour. Elle note qu’il s’agit de poules au plumage noir, en harmonie totale avec la robe des moniales. 

L’histoire retiendra que le Jardin de Cocagne de Limon, comme d’autres initiatives locales, ont bénéficié du soutien des Sœurs et de leur implication dans l’aménagement du territoire. Sylvain Allemand, qui n’est jamais en reste de jeux de mots – la paternité de l’adjectif « œufs’reux » lui revient – les qualifie de « bâti-Soeurs » dans l’ouvrage sus-cité. Et Renée Delattre-Nion de souligner dans son livre l’engagement de Sœur Michelle, membre du conseil municipal sous son mandat, « la seule sœur en France à occuper une telle fonction ! ».

Au bonheur des vignes…

En quittant le Jardin de Cocagne en direction du centre du bourg, j’aperçois des vignes en face de l’abbaye. Un panneau explicatif rappelle que ce fut une production historique dans le secteur. Un vitrail de l’église de Vauhallan et des maisons de vignerons témoignent de la présence ancienne de cette culture. Les sœurs cultivaient elles-mêmes les vignes. Comme le note Renée Delattre-Nion dans son ouvrage, elles ont contribué à leur réintroduction en louant leur parcelle, un site en pente inclinée et bien drainé sur un sous sol d’argiles à meulières. En 2022, l’ancienne maire, les élèves de Vauhallan et le mathématicien Cédric Villani participeront à la plantation des premiers plants du domaine Les Racines du Temple, créé par Jean-Marc Fleury et Christophe Fangeux. Je me retourne une dernière fois avant de continuer mon chemin. Décidément, le pigeonnier [en illustration] a fort belle allure, avec ses pierres dorées par le soleil. On s’y enfermerait bien pour écrire…

Arrivée au centre du village, je découvre la première cuvée de vin bio du domaine, baptisée « L’avant tout » 100 % Syrah. C’est la soirée de présentation et de dédicace du livre de Renée Delattre-Nion. Devant le syndicat d’initiative, Christophe Fangeux discute cépages, vinification, alimentation avec Christian Van Gysel, co-fondateur de TEDxSaclay. Romorantin pour le blanc, Gamay et Pinot Noir pour le rouge, IGP Vins franciliens … tout cela pourrait intéresser le caviste d’Orsay, observe Christian. Michela Barbot, historienne de l’économie et du droit, qui participe au  programme européen TRACES – six lettres pour « TRansformer pour Adapter l’existant : une approche multisCalairE et Systémique » – est présente. Quand le plateau de Saclay constitue l’un des cas d’étude du programme, force est de faire étape à Vauhallan ! Laura Barçon Bensimon présente à Sylvain Allemand les ambitions de PodTaf, « le podcast qui parle des gens qui adorent leur travail » qu’elle a créé avec Sara Tessier. Échanges, projets, connexions, engagement, innovation,… serait-ce aussi la fête de l’esprit du plateau ?

… et du faire-ensemble

L’écrivaine biographe Martine Debiesse, rappelle dans sa préface du livre de Renée Delattre-Nion, que Sylvain Allemand voulait donner à voir, à travers Paris-Saclay Le Média, « non seulement la diversité des personnes sur le Plateau de Saclay, mais aussi leur façon d’interagir les unes avec les autres, sans toujours s’en rendre compte d’ailleurs, au point de co-évoluer et de dépasser les préjugés qu’elles pouvaient avoir les unes des autres. » Par son ancrage dans ce territoire et son dynamisme, Renée Delattre-Nion a été et demeure une artisane hors pair pour susciter ce faire-ensemble, au-delà des différences et des cloisonnements de toutes sortes.

Si vous avez le moral en berne – « Qu’est-ce que je peux faire ? Je sais pas quoi faire ? » –  emportez son livre et mettez-vous dans ses pas. Installez-vous près d’une borne royale, sur un petit pont de pierre ou non loin d’un ceps de vigne et prenez le temps de la lecture. En ce début d’automne, une bonne dose de vitamines made in Vauhallan ne peut pas faire de mal !

Catherine Véglio


Notes

[1] Ce livre est publié dans une nouvelle collection « Si je vous dis… » qui fait découvrir une personne à travers des conversations autour de mots et de noms significatifs de son parcours de vie. Autre titre déjà paru, Dans le nu de l’humain, avec Wally Diallo.

[2] Son deuxième roman, Des vies sans refuge, est publié chez Sérendip’Éditions.

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