Nous avons rencontré

« Replayçons » pour le bien de la planète

Rencontre avec Florent Bonnefont

Nous lui avions confié notre smartphone défectueux en désespoir de cause, en nous attendant à ce qu’il nous en propose un tout neuf… C’était méconnaître le principe de son activité : réparer plutôt que remplacer, et sous-estimer sa motivation à contribuer vraiment à changer le comportement des consommateurs. Forcément, nous avons voulu en savoir plus sur le concept de sa franchise et ce qui l’a amené à opter pour elle.  Réponse dans cet entretien qui, comme nous l’espérons, convaincront les lecteurs à faire davantage rimer, fût-ce à leur échelle, téléphonie mobile et écologie…

– Pouvez-vous, pour commencer, caractériser le concept Replayce ?

Florent Bonnefont : Replayce est une franchise française de boutiques de réparation de smarpthones, de tablettes et d’ordinateurs portables ainsi que de vente d’accessoires associés à ces appareils : des protecteurs de smartphone et d’écran d’ordinateur en particulier, ainsi que de produits reconditionnés par nos soins ou fournis par des reconditionneurs professionnels. Elle compte à ce jour une quinzaine de boutiques.

– Rappelons qu’il existe une aide de l’État pour inciter les usagers à privilégier la réparation sur l’achat d’un appareil neuf…

Florent Bonnefont : En effet, je suis labellisé QualiRépar, un label mis en place par l’État et qui permet de faire bénéficier le client d’une réduction pour tout appareil de téléphonie mobile ou d’électroménager réparé. Pour en savoir plus, j’invite vos lecteurs à se rendre sur le site www.ecosystem.eco pour trouver l’artisan labellisé le plus proche de chez eux et selon l’appareil à réparer. Le label me permet de faire 25€ de réduction sur la plupart des réparations de smartphone et de tablette, et une réduction de 50 euros sur la réparation de PC à partir de 150 d’euros d’achat. De quoi lever un frein financier à ce type de réparation. Dans mon cas, ce label représente même un marqueur différenciant par rapport aux concurrents puisque je suis l’un des rares à être labellisés sur la zone de Palaiseau.

– Labellisé et engagé pourrait-on ajouter en ce qui vous concerne, au sens où, comme j’ai pu le constater, vous portez une attention particulière aux appareils qu’on vous confie…

Florent Bonnefont : Effectivement, et en cela, je ne suis pas forcément un très bon capitaliste ! J’ai du mal à forcer le client à satisfaire des besoins qui n’en sont pas vraiment. Quand il n’y a pas nécessité de réaliser une réparation, je ne le pousse pas à s’y risquer.

– Que faisiez-vous avant de vous lancer dans cette activité ?

Florent Bonnefont : Une fois mon diplôme d’ingénieur électronicien en poche, j’ai été salarié pendant une dizaine d’années au sein de NEXEYA, une ETI française où je faisais du test électronique, avant de rejoindre une multinationale américaine du secteur informatique, en tant que chef de projet. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’intéresser aux problématiques du bilan carbone, à notre impact sur l’environnement et au développement durable. Il m’importait donc de plus en plus que mes activités professionnelles et quotidiennes n’aillent pas à l’encontre de ma sensibilité écologique naissante. À cet égard, la période du Covid-19 [2020-21] a été un moment décisif : comme à d’autres, elle m’a permis de prendre du recul sur ma situation personnelle et professionnelle. Force était de constater que l’activité de mon entreprise entrait en contradiction radicale avec les valeurs que j’essayais de porter. Certes, mon entreprise affichait des valeurs séduisantes, mais de toute évidence, cela relevait plus du greenwashing. Des comités éthiques étaient mis en place pour expliquer à quel point elle était responsable, mais la réalité est que cette entreprise n’en cherchait pas moins à continuer à vendre le plus de matériel possible, en persuadant le client que celui qu’il avait acheté deux trois ans plus tôt était déjà obsolète, qu’il vallait mieux acquérir le dernier modèle. L’entreprise poussait donc à acheter, à remplacer le matériel sans même se préoccuper réellement des enjeux du recyclage – les solutions mises en place en la matière sont tout sauf efficaces. Quand on ne s’intéresse pas au sujet, on a l’impression que les entreprises font ce qu’il faut. Quand on y regarde de plus près, quand on travaille au sein d’une entreprise du secteur, on mesure à quel point on continue à glisser sur la mauvaise pente. Cette contradiction a fini par peser sur mon état de santé ; j’éprouvais une grande tension à la simple perspective de retourner au travail. J’ai donc consulté un médecin qui m’a suggéré de commencer par trouver un autre emploi, plus en adéquation avec mes valeurs.

– Encore fallait-il sauter le pas, quitter cette entreprise dont on devine qu’elle devait vous assurer un bon salaire…

Florent Bonnefont : C’était effectivement le cas. J’ajoute que tout critique que je puisse être à l’égard de son double discours, je reconnais qu’elle m’a permis de partir dans de bonnes conditions – j’ai bénéficié d’une rupture conventionnelle collective dans le cadre d’un plan de départs volontaires. J’ai pu ainsi obtenir une aide à la création d’entreprise, pendant six mois, ce qui s’est révélé précieux pour murir mon projet.

– Vous êtes-vous d’emblée lancé dans la réparation ?

Florent Bonnefont : Il se trouve qu’en marge de mon activité professionnelle, je réparais déjà les smartphones de mes proches et amis. Naturellement, je me suis interrogé sur l’opportunité d’en faire mon activité professionnelle. Certes, elle n’est pas totalement vertueuse, car on continue à utiliser des composants électroniques de remplacement, importés de l’autre bout du monde, mais au moins cela allait-il dans le bon sens en permettant d’allonger l’espérance de vie de nos appareils. À défaut de se passer d’un smartphone – une solution, reconnaissons-le, peu réaliste désormais –, on peut commencer par le renouveler moins souvent, en le réparant.

– Comment s’est fait le lien avec la franchise ?

Florent Bonnefont : Un conseiller en création d’entreprise me suivait dans le cadre de mon plan de départ de chez HPE. C’est lui qui m’a suggéré de prendre contact avec des franchises, ne serait-ce que pour m’informer sur le business modèle le plus pertinent pour assurer la viabilité d’une boutique de réparation comme celle que je voulais créer. J’en ai donc contacté plusieurs dont Replayce qui m’a d’emblée plu, du fait de sa taille humaine – à l’époque, cette franchise comptait encore moins de dix boutiques ; elle en compte désormais une quinzaine. Cette option m’a permis de me lancer dans la création d’une entreprise avec plus de sécurité que si je l’avais fait seul : en cas de problème, je sais vers qui me tourner pour prendre conseil.

– Précisons que vous êtes installé en plein centre de Palaiseau, dans l’artère commerciale principale, une localisation tout sauf anodine quand on sait que cette commune fait partie intégrante de l’écosystème de Paris-Saclay, le pôle scientifique et technologique du Grand Paris. En percevez-vous des effets, même si les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, ainsi que les résidences étudiantes, se trouvent plutôt sur le plateau ?

Florent Bonnefont : De prime abord, j’ai un regard plutôt critique sur ce pôle du fait de l’artificialisation des sols auquel sa construction donne lieu, une artificialisation d’autant plus regrettable qu’elle concerne des terres agricoles, réputées pour être parmi les plus fertiles de France et même d’Europe. Ce regard critique m’a amené à prendre part durant plusieurs mois aux discussions des écolos de Massy et de Palaiseau. Le projet de la ligne 18 du Grand Paris Express cristallisait alors ces discussions tant il incarnait cette urbanisation à marche forcée du plateau de Saclay. En tant que citoyen, je suis donc plus que réservé. Maintenant, quant à savoir si la concentration d’étudiants, de chercheurs et d’enseignants sur le plateau a des effets positifs sur mon activité, la réponse est oui. En plus d’être globalement aisée, cette population est sensibilisée aux enjeux écologiques et, donc, plus réceptive à l’idée de réparer ses appareils que de les remplacer au moindre prétexte. Plusieurs étudiants ont déjà poussé la porte de ma boutique et se passent le mot. De mon côté, je leur fait bénéficier de 10% de réduction sur les réparations et les accessoires sur présentation de leur carte d’étudiant. C’est un objectif clair pour moi que de toucher cette population, d’autant qu’à ma connaissance, il n’y a pas d’offre équivalente sur le plateau de Saclay.

– Pourquoi, justement, ne pas aller à leur rencontre avec un atelier mobile ?

Florent Bonnefont : Je me suis poser la question avant même d’ouvrir ma boutique. De fait, c’est un business model tout à faible viable, malgré quelques contraintes – comme celle d’obtenir une autorisation à stationner à certains endroits. Pour l’heure, ce n’est pas d’actualité : non seulement j’ai une boutique et, donc, un loyer à payer; mais encore, je suis seul, six jours sur sept. L’option de la réparation itinérante dépendra donc du succès de ma boutique, qui n’a encore qu’un peu plus de 2 ans d’existance, et de la possibilité de recruter quelqu’un.

– C’est le pire que nous vous souhaitons !

Propos recueillis par Sylvain Allemand

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