Entretien avec Laurence Honnorat
Interviewer une personne que nous ne connaissons pas, auteure d’un ouvrage que nous n’avons pas lu, c’est bien évidemment contraire à nos principes de journaliste. C’est pourtant ce que nous avons proposé à Laurence Honnorat, qui vient de publier Hubert Reeves – « Tout n’est pas foutu ! »* et qui a accepté de bonne grâce de se prêter à l’exercice. À notre décharge, le titre donne envie d’en savoir plus sans attendre. Et puis, nous participions tous les deux à la troisième édition de Dimension, le salon du livre de Palaiseau, elle au titre d’auteure, donc, nous au titre d’éditeur. Salon auquel était aussi présent un auteur que nous avions pour ami commun : Christian Gatard, venu présenter, sur notre stand, son propre livre : Le Serre-joint sacré et autres légendes. C’est lui qui nous a convaincu avec son air détaché habituel de rendre visite à Laurence sur le sien. Ce à quoi nous avons consenti en pensant nous en tenir à une conversation informelle avant de décider de sortir notre enregistreur. Bien nous en a pris : dès les premiers échanges, nous percevions d’étonnants points communs. Au final, c’est une curieuse expérience que nous aurons vécue : celle de découvrir chemin faisant les motifs d’un entretien avec une personne qu’on ne connaissait pas il y a encore quelques minutes, autour de son livre que nous n’avions pas lu…
– Une fois n’est pas coutume, je vais entamer notre entretien par une question que d’ordinaire je me refuse de poser, considérant que c’est au lecteur de découvrir par lui-même un livre, mais qui, cette fois, s’impose puisqu’ainsi que je vous l’ai dit en préambule, je découvre l’existence de votre livre et vous par la même occasion, dans le cadre de Dimension. Cette question, c’est : de quoi parle votre livre ? Je pose la question même si le titre le laisse clairement entendre…
Laurence Honnorat : Il s’agit d’un essai biographique sur un personnage absolument délicieux, avec ses yeux bleus pétillants, une voix de ténor qu’on ne peut oublier, qui roule les « r » soit à la façon bourguignonne, soit à la façon du Québécois qu’il était. Hubert Reeves était ce qu’on pourrait considérer comme l’une des premières figures de la « démocratisation de la science ». Autant de raisons qui m’ont donné envie de transmettre à mon tour son œuvre, non pas par ma seule voix, mais de façon polyphonique à travers des entretiens avec quelques 38 personnes – des proches, des membres de sa famille, des amis, mais aussi des personnes devenues astrophysicien.nes après avoir eu, jeunes, l’occasion de le croiser dans leur vie. Car, et c’est un autre des traits d’Hubert, il était un passeur formidable, profondément humain, au point de faire naître des vocations. Par cette modeste contribution – un livre -, j’ai donc souhaité continuer de propager, autant que possible, la parole de ce passeur de haut-vol.
– Et vous-même, comme l’avez vu connu ?
Laurence Honnorat : Les circonstances méritent d’être rappelées tant elles me paraissent encore extraordinaires : c’est en effet par l’intermédiaire de ma fille qui n’avait alors que huit ans – c’est aujourd’hui une jeune femme. Un jour, je conduisais Estelle – c’est son prénom…
– Un prénom qui prédisposait à cette rencontre…
Laurence Honnorat : En effet ! Estelle, du latin stella, qui signifie étoile ! Je conduisais donc ma fille à la Cité des Sciences et de l’Industrie où Hubert faisait une conférence. Une fois à l’intérieur, Estelle le voit surgir… À ses yeux, Hubert avait quelque chose du père Noël ! Forcément, elle se précipite vers lui… Hubert s’agenouille alors devant elle. Et là, c’est une conversation qui démarre… et qui dure… Les journalistes venus interviewer Hubert doivent patienter… Au bout de très longues minutes, je me sens obligée de l’interrompre… Ce que j’ignorais, c’est que l’interruption ne fut qu’éphémère puis la conversation sinon le dialogue s’est poursuivi plus d’une vingtaine d’années avec ma fille comme avec moi. Voilà comment j’ai connu Hubert…
– Qu’est devenue Estelle entretemps ?
Laurence Honnorat : Elle est devenue journaliste d’investigation – elle travaille pour France TV. La rencontre avec Hubert n’en a pas moins été décisive, puisqu’elle aime aussi traiter de thématiques Science & Société. Elle l’a d’ailleurs accompagné dans la rédaction de son dernier ouvrage, La Fureur de vivre [ Seuil, 2020 ] et la préparation de conférences La manière dont Hubert procédait vaut d’être rappelée : au commencement, il jetait des mots sur les slides d’un powerpoint. À partir de là, il racontait une histoire comme s’il s’adressait à un public, dans le cadre d’une conférence. Puis il demandait son avis à ses amis qui se trouvaient là, s’assurait qu’ils aient bien compris le message, leur demandait ce qu’ils aimeraient voir ajouter, les points qu’il fallait éventuellement reprendre. C’est ainsi qu’il préparait une conférence, toujours avec ce souci de se faire comprendre du plus grand nombre.
– Qu’est-ce qui vous a amenée à poursuivre vous-même ce dialogue, ce compagnonnage de toute, dans la durée ?
Laurence Honnorat : Au moment où j’ai rencontré Hubert, je travaillais déjà dans la communication scientifique. À ce titre, j’ai été amenée à l’interviewer à plusieurs reprises, à le filmer ou à le photographier. Très rapidement s’est nouée entre nous une relation de travail intense, sur fond d’une amitié qui ne l’était pas moins et qui s’est poursuivie jusqu’à ses derniers jours, ses dernières heures. J’ai été avec d’autres son banc de test quand il avait une conférence à préparer, un livre à écrire. Pour autant, il convient de le rappeler, Hubert n’était pas toujours cet homme enthousiaste qu’il pouvait être devant un public. Durant toute sa vie, il a connu des périodes de dépression, souvent profonde. Il avait besoin que ses interlocuteurs prennent le temps de l’échange. C’est ce à quoi j’ai toujours consenti, avec joie, car échanger avec lui était une source de bonheur. Il n’y avait rien de plus touchant que de voir ses yeux se remettre à briller, son visage rayonner de nouveau, dès lors que je l’invitais à me dire ce qui n’allait pas, en prenant le temps d’accueillir sa réponse et d’entrer en réelle conversation avec lui. Je l’invitais à me raconter un projet ou une réflexion en cours et, aussitôt, l’homme dépressif se muait en conférencier charismatique, comme illuminé de l’intérieur, sa conférence, son histoire pouvant durer de trois quarts d’heure à une heure ! Moi-même me muais-je en spectatrice subjuguée par son magnétisme !
– Je comprends mieux pourquoi Christian m’a incité à aller à votre rencontre [ rire ] ! Précisons que nous réalisons l’entretien à l’occasion du salon du livre Dimension, à Palaiseau, dédié au dialogue entre science et fiction. Quel regard portez-vous sur ce salon ? Dans quelle mesure Hubert Reeves incarnait ce dialogue ?
Laurence Honnorat : Au risque de peiner plusieurs des auteurs présents à ce salon, je dois préciser que Hubert Reeves n’était pas vraiment amateur de science-fiction [ un des genres littéraires mis en avant par Dimension ]. Ce n’était pas sa tasse de thé. Par contre, il était un fervent amateur de contes et légendes. Ce qui explique sans doute le culte qu’il vouait à sa grand-mère Charlotte. Celle-ci avait pourtant quitté l’école très tôt, dès l’âge de dix ans. Mais, non seulement, elle savait parfaitement écrire, mais encore, elle adorait raconter des histoires. Elle puisait des contes et légendes dans l’Encyclopédie de la jeunesse, une publication en plusieurs volumes, très populaire au Québec. Elle en apprenait plusieurs par cœur en aimant les intriquer entre eux tout en les adaptant au contexte, dont celui de Léry, un village situé dans le sud-ouest de Montréal, où la famille Reeves aimait à se retrouver pour la période estivale. Dans une même histoire, on pouvait ainsi croiser Barbe bleue, la Belle au bois dormant et d’autres illustres personnages, qui partaient en yacht sur les îles de la paix, que l’on apercevait au loin, de la demeure familiale qui jouxtait le lac St-Louis. Hubert était complètement fasciné : il buvait les paroles de sa grand-mère au point de n’avoir eu plus qu’une envie : en raconter à son tour, des contes et des légendes. Ce qu’il ne cessa de faire tout au long de sa vie. Car quand Hubert prenait la parole, il ne parlait pas ; il racontait une histoire avec le souci de rendre ses propos accessibles au plus grand nombre. C’est ce qui explique le plaisir que ses interlocuteurs avaient à l’écouter, mais aussi la surprise que pouvaient avoir ceux qui le rencontrait pour la première fois. Forcément, ils s’attendaient à ce qu’il fasse preuve d’érudition – on savait combien il était érudit -, à ce qu’il parle de musique – c’était un mélomane -, de poésie – il aimait en lire -, de fleurs – c’était un botaniste hors pair – et, évidemment, d’étoiles, d’astronomie… Eh bien non ! La première chose qu’Hubert aimait faire, c’était de questionner son/sa ou ses interlocuteur.rices, de leur demander qui il.s/elle.s étai.ent, ce qu’il.s/elle.s faisai.ent dans la vie, dans quel état il.s/elle.s étai.ent… Ce qui ne manquaient pas de décontenancer ce.s interlocuteur.rices ! Et de fait, on avait peine à imaginer que quelqu’un d’aussi connu, de renommé, d’illustre puisse autant s’intéresser à une/des personne.s lambda !
– Au fond, il s’intéressait à l’autre dans le « nu de l’humain » selon la belle expression du journaliste et écrivain Jean Hatzfeld, c’est-à-dire en dehors de toute considération pour son statut social/professionnel…
Laurence Honnorat : De prime abord, aux yeux d’Hubert, une personne était un trésor à découvrir, avec lequel on ne pouvait qu’avoir envie de nouer un dialogue… Bref, c’était quelqu’un de très empathique. Ce que l’interlocuteur.trice ressentait instantanément, en se mettant aussitôt en résonance… Je crois que sa notoriété doit aussi beaucoup, au-delà de ses livres et conférences, à cette relation qu’il savait nouer avec autrui, quel qu’il soit. On ne pouvait qu’en être durablement marqué et avoir envie d’en suivre l’actualité.
– À ce stade de l’entretien, je comprends encore mieux pourquoi il me fallait absolument vous interviewer : votre rencontre avec Hubert Reeves a à voir avec un mot que vous n’avez pas prononcé mais qui me semble bien caractériser cette rencontre, à savoir la sérendipité, d’autant plus que celle-ci a à voir avec l’univers du conte – le néologisme même de sérendipité (serendipity en anglais) a été forgé en référence à l’un d’eux, Voyages et aventures des trois princes de Serendip…
Laurence Honnorat : Cette notion est tout à fait appropriée pour comprendre aussi son rapport à la science dont il était issu. Rappelons qu’avant d’être un passeur, Hubert était un scientifique : il est titulaire d’un doctorat en astrophysique – sa thèse portait sur la nucléosynthèse primordiale ; il l’a soutenue en 1960, aux États-Unis, sous la direction du célèbre astrophysicien Edwin Salpeter. Ses professeurs ont été pour plusieurs d’entre eux des prix Nobel. En dépit de cela, de cette formation scientifique, Hubert était aussi très ouvert aux croyances, y compris dans ce qu’elles pouvaient avoir d’irrationnel ou de superstitieux. Voici une anecdote qui illustre combien il n’était pas un scientifique comme les autres. Un jour, le voilà à la gare de Laroche-Migennes…
– Une gare que je connais bien pour me rendre régulièrement à Auxerre !
Laurence Honnorat : Hubert Reeves y descendait pour se rendre à sa maison de campagne, dans le village de Malicorne. Il terminait son voyage en prenant un taxi. Sauf que ce jour-là, pas de taxi devant la gare. En revanche, il y a avait un jeune, le crane à moitié rasé sur le côté, les traits tirés, et qui faisait la manche. Or Hubert était d’une nature craintive, du genre à avoir peur de son ombre ! La simple vue de ce jeune homme le mit mal à l’aise. Il se dirigea tout droit vers le café le plus proche pour appeler un taxi, sans donner la moindre pièce au jeune homme… Un chauffeur dit qu’il arrive dans les minutes qui viennent… Le temps passe et toujours pas de taxi… Hubert se résout à appeler son épouse, déjà sur place, pour lui dire qu’il attend désespérément un taxi… Or, là, personne ne répond… À cet instant, tout scientifique qu’il était, il se convainc que si rien ne tournait rond, c’est qu’il avait été atteint d’une malédiction pour ne pas avoir donné une pièce au jeune homme ! Si aucun taxi ne venait, il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même. Hubert prend donc son courage à deux mains et revient à la hauteur du jeune homme pour lui en donner une. Quelques minutes plus tard, le taxi arrive. Le fruit du hasard ? Pas pour Hubert ! On peut bien sûr s’en étonner et en rire ! J’y vois pour ma part la preuve d’une souplesse d’esprit qui lui permettait de pouvoir admettre le caractère fortuit, la part de hasard pouvant intervenir dans la survenue d’un événement, d’une rencontre, de sorte que la science ne pouvait prétendre tout prédire, tout calculer. De fait, l’existence n’est pas linéaire. On peut être amené à opérer des bifurcations, sans les avoir anticipées…
– Sachant qu’il faut une prédisposition d’esprit pour saisir les opportunités qui se présentent… C’est un autre aspect de la sérendipité…
Laurence Honnorat : Hubert avait d’autant plus cette prédisposition d’esprit qu’il pratiquait volontiers l’interdisciplinarité, aimait le croisement des idées.
– En vous entendant parler d’Hubert Reeves comme vous le faites, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec celui qui aura permis notre propre rencontre : Christian Gatard, présent au salon pour y présenter Le Serre-joint sacré et autres légendes – un titre d’ailleurs tout sauf anodin quand on sait désormais la passion d’Hubert Reeves pour les contes et légendes. Ce parallèle vous paraît-il justifié quand bien même beaucoup de choses les sépare – Christian relève plus des sciences humaines et sociales en plus de ne pas être Québécois, etc. Mais vous qui le connaissez depuis plusieurs années, qu’aimeriez-vous dire à son propos ?
Laurence Honnorat : Je parlerai volontiers de Christian en faisant un lien avec Hubert, puisque vous m’y invitez. Aussi curieux que cela puisse paraître, ce qui les rapproche à mes yeux, c’est le rapport privilégié à la beauté. Pour étayer ce propos, il me faut convoquer un auteur, le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa…
– Incroyable ! Nous étions décidément faits pour nous rencontrer ! Ceux qui me connaissent sauront pourquoi je dis cela. Avant de vous le dire, je vous laisse poursuivre…
Laurence Honnorat : Chacun à leur façon, Hubert et Christian ne cherchent pas à rendre le monde disponible, ne cherchent pas à le maîtriser, à le comprendre pour mieux le contrôler. En cela, ils vont à rebours des sociétés modernes qui cherchent au contraire à mettre le monde à notre disposition. Pour cela, des scientifiques procèdent comme dans une valse à trois temps : ils dressent l’état du savoir, à poursuivre des recherches, pour enfin, produire un nouveau savoir. Certes, cela leur permet d’ouvrir d’autres horizons, mais dans leur esprit, c’est pour maîtriser davantage le monde. Au bout d’un moment, celui-ci ne répond plus, n’entre plus en résonance avec les humains. Privilégier la beauté, c’est au contraire consentir au mystère du monde, à ne pas prétendre le comprendre totalement. Bref, ce qui rapproche Christian et Hubert, c’est la volonté d’approcher la beauté du monde en se confrontant à ce qui est vertigineux, son mystère.
– Dans les échanges que nous avons eus avant cet entretien, vous aviez encore souligné cette propension de Christian Gatard à « mettre en scène » ce qu’il entreprend, de façon à garder assez de distance pour ne pas dramatiser les éventuelles difficultés rencontrées ; autrement dit, à agir avec une certaine légèreté qui n’enlève rien à la rigueur avec laquelle il poursuit ses propres études et travaux de recherche…
Laurence Honnorat : Nous touchons-là un autre point commun entre Christian et Hubert : tous deux sont des hommes de scène, fût-ce d’une manière différente. Tandis que Christian aime mettre en scène une situation, de sorte à préserver sa réflexivité, Hubert aimait être sur scène. Il aurait très bien pu être chanteur ou comédien tant il aimait le contact direct avec le public ! Cela étant dit, les deux aiment avancer en s’appuyant sur l’énergie, les ondes positives qui émanent de leurs « spectateurs ».
– Encore un mot sur Hartmut Rosa, dont j’ai lu pratiquement tous les ouvrages, en plus d’avoir eu l’occasion de l’interviewer à deux reprises, à chaque fois en connaissance de cause ! L’avez-vous vous rencontré vous-même ?
Laurence Honnorat : Oui, à plusieurs reprises. Je l’ai invité à une édition du congrès TimeWorld. J’y reviens volontiers non pas tant pour reparler de l’indisponibilité ni même de la décélération, que sur la patience à laquelle il invite. Au préalable, j’évoquerai Pénélope de l’Odyssée…
– ?!
Laurence Honnorat : Voyez son subterfuge pour repousser le moment de devoir céder à l’un de ses prétendants, dans l’espoir d’un retour d’Ulysse – elle prétend prendre sa décision une fois qu’elle aura terminé de tisser une toile mais pour repousser l’échéance, elle détisse la nuit ce qu’elle a tissé le jour… Comme on le sait, la patience de Pénélope est récompensée par le retour de son cher Ulysse.
– Incroyable ! Je sors de la lecture du merveilleux récit que Christophe Ono-dit-Biot, fait de l’Odyssée**. Décidément, cet entretien réalisé à l’insu de mon plein gré est parsemé d’heureuses coïncidences !
Laurence Honnorat : [ Rire ]. Si j’ai fait ce détour par cet épisode de l’Odyssée, c’est qu’il illustre bien les vertus de la patience selon Hartmut Rosa. Ce n’est pas parce qu’on en fait preuve, ce n’est pas parce qu’on ralentit le pas, qu’on ne progresse pas. Les êtres patients n’avancent pas moins que ceux qui agissent dans la précipitation. Ils le font juste en faisant preuve de constance, de fidélité. La patience est une manière de s’inscrire dans le temps, d’agir sans perdre de vue l’objectif qu’on s’est fixé, mais sans chercher non plus à l’atteindre coûte que coûte. C’est pourquoi je ferais en toutes circonstances, l’apologie de la patience.
– Décidément… À défaut de prôner explicitement la patience, je me surprends à mettre en avant la notion de dormance, cette capacité d’une graine à suspendre sa germination en attendant que l’environnement redevienne favorable… Comment réagissez-vous à l’évocation de ce mot qui rime avec patience comme d’ailleurs avec résonance ?
Laurence Honnorat : Au-delà des rimes, ces mots ont en commun d’incliner à la considération, autre mot clé s’il en est… C’est parce qu’on considère ce qui se passe autour de soi, une situation, c’est parce qu’on y est sensible, attentif, qu’on va pouvoir accepter de renoncer provisoirement à son objectif, à ce à quoi on aspire de vivre. Ce qui est toujours préférable à la quête d’une consommation immédiate, peu soucieuse de ses effets sur son environnement, sur la vie d’autrui comme d’ailleurs sur la sienne.
Propos recueillis par Sylvain Allemand
Notes
* Éditions Télémaque, 2025.
** L’odyssée de l’Odyssée, Grasset, 2026.
