Rencontre avec Sabrina Saint Gilles
Le samedi 29 août, nous assistions à la Fête de la Vigne, à Vauhallan – une fête qui renoue avec un rendez-vous initié dans les années 1980 par Renée Delattre, alors maire de la commune, avec le secret espoir d’y faire revenir la vigne – un projet sur lequel elle revient longuement dans le livre de conversations Vauhallan, carrefour du monde, à paraître prochainement. Sa patience a été depuis récompensée avec la plantation, en 2024 de plants de vigne, sur une parcelle mise à disposition par l’abbaye de Limon, à l’initiative de deux passionnés, Jean-Marc et Christophe, qui, pour cette nouvelle édition de la Fête de la Vigne ont pu faire déguster les premières bouteilles de rouge et du blanc, produites avec du raisin local. Le tout dans une ambiance conviviale avec, au programme des racontées, une conférence sur le sol géologique propice à la vigne, sans oublier un concert mémorable du groupe Vibrasound5. L’occasion aussi de découvrir des producteurs et artisans des environs à l’image de Sabrina Saint Gilles, qui a créée Jour de Soleil, une savonnerie proposant notamment des savons « écologiques et solidaires ». Vous en saurez davantage dans l’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder sur le vif. Et où il est question incidemment de Serendip, l’ancien nom de l’île de Sri Lanka…
– Pouvez-vous, pour commencer, nous expliquer ce que vous mettez en vente sur votre stand ?
Sabrina Saint Gilles : Ce sont des savons réalisés avec une technique de saponification à froid, à base d’huiles végétales et d’huiles essentielles bio. Je les surgraisse de façon à procurer un meilleur confort en sortie de douche que les savons ordinaires. Une technique qui me permet d’être aussi plus créative autant dans le choix des couleurs que dans les senteurs, comparée à d’autres techniques, comme celle des savons de Marseille, qui limite à 72% la teneur en huile d’olives.
– Vous proposez de fait jusqu’à cinq savons différents…
Sabrina Saint Gilles : En effet, cinq savons et autant de couleurs et de senteurs différentes…
– Où vous approvisionnez-vous pour vos ingrédients ?
Sabrina Saint Gilles : Pour assurer le caractère moussant, je recours à une huile de coco vierge bio, produite par une coopérative du Sri Lanka qui fait vivre plus de 150 familles, en aidant à l’autonomisation des femmes. J’utilise aussi du beurre de karité brut qui, grâce à sa forte teneur en acide gras, permet au savon d’aider au maintien de l’élasticité de la peau. Le mien provient du Burkina Faso et, comme l’huile de coco, je m’approvisionne dans le cadre d’un commerce équitable auprès d’une association qui aide à l’éducation des enfants défavorisés.
– S’agissant du Sri Lanka, je ne résiste pas à l’envie de rappeler que cette île, autrefois appelée Ceylan, eut aussi pour nom, dans un passé plus lointain, Serendip !
Sabrina Saint Gilles : Vous me l’apprenez !
– En dehors des savons, vous proposez aussi plusieurs articles en liens avec…
Sabrina Saint Gilles : En effet, je propose aussi une gamme de produits zéro déchet pour la salle de bain. Comme, par exemple, cette fleur de douche, non pas en plastique, comme celles vendues dans le commerce, mais en version tissu, lavable régulièrement sans risque de conserver les bactéries et, pour la peau, d’absorber de nanoparticules de plastique. À quoi s’ajoutent ces gants de toilettes munis d’un filet dans lequel on peut glisser les résidus de savon de façon à les utiliser jusqu’au bout ; des gants qui limitent l’usage de démaquillants dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas toujours sains pour la peau. L’idée est à chaque fois de revenir au naturel et à l’essentiel. Bref, de m’inscrire dans une démarche à la foi écoresponsable, équitable et solidaire. Pour chaque savon de 100 g vendu, je reverse 15 cents à la Croix Rouge.
– Qu’est-ce qui vous a prédisposée à vous lancer dans cette démarche à la fois écoresponsable et entrepreneuriale ?
Sabrina Saint Gilles : Je suis née à côté de Salon-de-Provence, une des capitale du savon, dans l’arrière-pays marseillais. On connait tous les Savons de Marseille. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il y avait en réalité de nombreuses savonneries artisanales dans la périphérie – il y en eut jusqu’à une centaine rien qu’à Salon-de-Provence. Le fait d’avoir baigné depuis toute petite dans ce contexte n’est pas anodin. Par ailleurs, dans les années 1990-2000, j’ai beaucoup voyagé en Asie, notamment en Inde où j’ai pu voir dans la rue des enfants aussi bien que des adultes utiliser leur savon jusqu’au moindre morceau. Un rapport quotidien au corps et à l’hygiène, qui m’a d’autant plus touchée que ces personnes vivaient dans une extrême pauvreté. À quoi s’est ajoutée, plus récemment, la crise sanitaire liée au Covid-19, qui a souligné l’importance de se laver régulièrement les mains. Au-delà de la santé, l’hygiène est un véritable enjeu d’estime de soi et de reconnaissance sociale. Enfin, je suis attachée à promouvoir une autre forme d’économie, de production et de consommation, mais aussi d’autres manières de travailler, davantage avec ses mains.
– Y a-t-il des prédispositions familiales ?
Sabrina Saint-Gilles : Oui, et j’allais y venir. Jour de Soleil est né de mon histoire familiale, de la richesse interculturelle, de mon éducation où le nécessaire était le plus important. Mes parents m’ont transmis ce goût des choses simples et de l’attention aux autres. Malheureusement, papa est parti il y a de cela près de sept ans, en 2020. Il avait cependant eu vent de mon projet d’évoquer les couleurs et les parfums de l’Inde et de la Provence. Mon entreprise aura vu le jour quelques années plus tard, en avril 2024.
– Qu’est-ce qui explique ce laps de temps ?
Sabrina Saint Gilles : Entretemps, il a fallu me former à la savonnerie, identifier mes fournisseurs, me conformer à la règlementation et aux normes, trouver un local et y effectuer les travaux nécessaires pour respecter les normes ISO 22716. À ce propos, je tiens à remercier la ville d’Antony qui m’a accueillie dans le cadre de La Ruche Bleue, un tiers-lieu qui rassemble des artistes, des artisans, des indépendants, des associations et des habitants autour de projets, d’échanges et de moments de partage.
– Comment se procurer vos produits en dehors d’interventions dans des événements comme la Fête de la Vigne ?
Sabrina Saint Gilles : Dans quelques boutiques partenaires ou en les commandant directement sur mon site. On peut aussi me rendre visite à la Ruche bleue sur rendez-vous.
Propos recueillis par Sylvain Allemand
Pour en savoir plus, se rendre sur le site de Jour de Soleil, en cliquant ici.
