Rencontre avec Fabienne Veverka et Jérôme Michaut
L’exposition « Poétique urbaine » qui s’était tenue en octobre dernier, à l’Espace 181, à Palaiseau, et dont nous avions fait écho à travers une série d’entretiens avec des artistes qui y participaient – dont Jérôme Michaut, auquel on doit l’animation de la Maison de la Connaissance et de la Création (MC2) à Orsay -, continue à essaimer le long de l’Yvette, jusqu’aux portes du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse. Outre une nouvelle exposition, qui se tiendra dans la même galerie, autour des peintures de Ginette Lequien et des photographies de Guillaume Maillet* – le vernissage aura lieu le 26 février -, elle devrait faire escale sous une forme encore renouvelée dans une galerie de Chevreuse où expose pour l’heure une artiste que l’ami Michaut a tenu absolument à nous présenter. C’est ainsi que, ce dimanche 15 février (date tout sauf anodine comme on le verra), nous nous retrouvâmes à attendre sur le quai de la station Palaiseau du RER B, dans le froid – des flocons se sont même mis à tomber. Direction : Saint-Rémy-lès-Chevreuse, donc, où l’artiste nous attendait. Ce que nous devions découvrir encore quelques minutes plus tard méritait bel et bien le déplacement. En voici un aperçu à travers cet entretien sur le vif que Fabienne Veverka, c’est le nom de notre artiste, a bien voulu nous accorder avant de filer pour Paris où elle devait décrocher une œuvre exposée au Grand Palais…
– Si vous deviez, pour commencer, caractériser les œuvres que vous exposez ici, dans cette galerie de Chevreuse ?
Fabienne Veverka : Toutes les œuvres accrochées dans cette exposition sont des images de lumière. Je suis photographe et, en tant que telle, ce que j’aime aller chercher, c’est la diffraction. Pour autant, je ne recours pas à une technique en particulier. Mes photographies sont le fruit d’une démarche de recherche, qui procède à partir d’expérimentations. Je suis un fil qui me dirige pour parvenir à des images surprenantes. Et à force de côtoyer ces images, elles finissent par me parler, par prendre sens. C’est ce qui m’incite à poursuivre mon exploration.
– Vos images sont exposées en grand format, mais sans la moindre explication…
Fabienne Veverka : C’est un parti que j’avais déjà adopté à l’occasion de « Trésors Cachés », une exposition que j’avais faite en 2023, à la Chapelle de Clairefontaine-en-Yvelines, chez Baudoin Lebon. Elle était dépourvue du moindre cartel. J’avais proposé d’énoncer à voix haute le titre que j’avais choisi pour chaque image en rapport à la sensation que j’éprouvais à son contact. Et ce qu’il y a d’étonnant, c’est que le public parvenait à associer spontanément le titre que j’énonçais à la bonne image. De voir que d’autres personnes, que je ne connaissais pas, pouvaient éprouver les mêmes sensations à leur vue a été une expérience que j’ai vécue comme une épiphanie.
– « Recherche », « expérimentations » avez-vous dit par ailleurs. Des mots qu’on pourrait entendre dans la bouche d’une scientifique. L’êtes-vous ne serait-ce que de formation ? Ou êtes-vous de ces artistes qui aiment dialoguer avec des chercheurs ?
Fabienne Veverka : Non, rien de tout cela. Je n’ai pas fait d’études scientifiques et ne dialogue pas spécialement avec des chercheurs pour les besoins de mon travail artistique. Je n’ai pas suivi non plus de formation artistique : je suis une artiste autodidacte et j’apprends de mes expérimentations.
– Mais cela ne vous incite-t-il pas à amorcer un dialogue avec des chercheurs, ne serait-ce qu’en optique ?
Fabienne Veverka : Pourquoi pas, en effet, en optique comme en d’autres domaines. Je pense en particulier aux neurosciences du fait des sensations produites par ces images, et d’autres encore que je ne demanderais qu’à découvrir chemin faisant.
– Et pourquoi pas à l’occasion de cette exposition dans ce lieu dont j’aimerais que vous nous disiez un mot…
Fabienne Veverka : Nous sommes à l’Œil Debout, une galerie d’exposition, créée par Marie-Claire Pinardel, une amie peintre qui, comme moi, réside à Chevreuse. Nous avons eu l’occasion de parler de nos pratiques respectives, dans des domaines finalement pas si éloignés, puisqu’ayant à voir chacun avec l’image, la lumière, le travail sur les couleurs.
– Jusqu’à quand court votre exposition ?
Fabienne Veverka : Quelques mois… Jusqu’en mai voire juin ? Je ne saurais vous le dire. Nous verrons bien ! [ Rire ].
– Je ne peux m’empêcher de sourire devant ce « flou artistique » !
Fabienne Veverka : Un flou qui me ressemble bien si je puis dire ! Personnellement, je préfère voir les choses se faire au fur et à mesure, au gré des rencontres, car, au final, ce sont bien elles, les rencontres, qui sont propices à la création, en nous faisant prendre parfois une tout autre direction par rapport à celle imaginée au départ, et ce n’est pas plus mal. J’aime me laisser surprendre par, comment dire… ? La synchronicité ?
– Ou la sérendipité ?
Fabienne Veverka : Oui, bien sûr, la sérendipité ! [Rire].
– C’est d’ailleurs sous son signe que nous pourrions placer notre rencontre. Hier encore, j’ignorais que je me retrouverais là, à vous interviewer, jusqu’à ce que Jérôme Michaut, ici présent, ne me propose de me faire découvrir votre travail… D’ailleurs, pouvez-vous rappeler les circonstances de votre propre rencontre avec lui ? Je crois que cela a à voir avec la Maison de la Connaissance et de la Création (MC2) qu’il animait à Orsay…
Fabienne Veverka : Oui, j’ai fait sa connaissance en 2022, à l’occasion du parcours d’artistes Hélium organisé chaque année dans des communes des Yvelines et de l’Essonne – le principe : des artistes accueillent du public dans leur atelier. Jérôme avait lancé une invitation aux participants à venir découvrir ce qui se passait à la MC2. J’y suis intervenue en différentes occasions. Le 19 mai 2024, j’y installais « Le visionnaire ou l’inspiration dans les yeux d’Albert Einstein », à l’occasion de l’anniversaire d’Aurélien Barrau. J’y ai ensuite organisé des ateliers : l’un à l’occasion de la Sainte-Lucie », en décembre 2024, puis un autre à l’occasion de l’anniversaire de Galilée, un 15 février ! Nous aurions pu le fêter ce dimanche !
– En effet !
Fabienne Veverka : enfin, en septembre dernier, j’accrochai « Le mouvement de l’eau » simultanément à la première édition du Festival Germinations organisé à Raizeux – le village natal de Robert Doisneau nommé village le plus sain d’Ile-de-France en 2023 !
Depuis, l’échange avec Jérôme s’est poursuivi. L’exposition actuelle lui doit beaucoup. À l’origine, il y eut un appel deSonia Su, à laquelle on doit le Festival Germinations – un Festival humaniste et écologiste. Elle m’annonçait qu’une galerie chinoise souhaitait découvrir mon travail. Ce à quoi j’ai répondu « Oui, bien sûr », mais sans avoir le commencement d’un début d’exposition ! Je me suis donc aussitôt tournée vers Marie-Claire pour m’assurer qu’elle pourrait me mettre à disposition sa galerie. C’était le cas, à ceci près qu’elle était encombrée de meubles. C’est là que Jérôme est intervenu, pour m’aider à déplacer ces derniers. Au final, il a fait bien plus que cela en m’aidant dans le choix des œuvres et leur accrochage. En réalité, il a tout fait, puisqu’entretemps, j’étais tombée malade [rire]. Merci à lui !
Jérôme Michaut : Avec Fabienne, nous sommes dans la continuation logique de notre rencontre amorcée à la MC2, dans un geste de germination. Parti d’Orsay, l’esprit de la MC2 continue ainsi à se déplacer le long de l’Yvette. En octobre dernier, nous exposions à l’invitation de Rosa Puente, dans l’Espace 181, une galerie d’art de Palaiseau. Il devrait souffler dans cette galerie de Chevreuse avec une nouvelle exposition de Poétique urbaine. Comme vous l’avez compris, nous procédons par capillarité, au gré des rencontres, de manière « rhizomatique » ainsi que nous l’évoquions dans le RER. Cela dit, parfois, il faut provoquer la rencontre. C’est le cas de celle-ci qui nous réunit en ce dimanche matin avec Fabienne, qui n’avait pas d’autre créneau dans l’immédiat…
– De fait, vous devez regagner Paris pour y décrocher une œuvre…
Fabienne Veverka : En effet, une œuvre installée à Art Capital, le rendez-vous annuel de l’art contemporain, à Paris, au Grand Palais – je participe au salon des indépendants, ce à quoi je tiens. L’œuvre en question s’appelle « L’égide, de l’ombre à la lumière », en hommage à André Malraux, disparu il y a un demi-siècle, en 1976. Ce bouclier – le sens premier du mot égide, forgé en référence à celui de Zeus et d’Athéna – se veut l’expression d’une résistance à l’obscurité qui tend à gagner notre époque. Et si nous autres artistes pouvons être utiles, c’est justement en encourageant des formes de résistance à cette tendance.
Propos recueillis par Sylvain Allemand
* « Une maison, un arbre, ça me suffit », une nouvelle exposition de Poétique urbaine, autour de Ginette Lequien, avec Guillaume Maillet, du 26 février au 8 mars 2026, à l’Espace 181, à Palaiseau. Vernissage : le 26 février, dès 18 h.
En illustration : « Le visionnaire ou l’inspiration dans les yeux d’Albert Einstein », le 19 Mai 2024, à l’occasion de l’anniversaire d’Aurélien Barrau © Fabienne VEVERKA – ADAGP 2024.
