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Créa’Café, une hétérotopie by Lou

Rencontre avec Louise Collin Kaminski

Ce dimanche 7 septembre, je me rendais à une fête organisée par une de mes auteures, dans le 20e arrondissement de Paris. Arrivée en avance dans son quartier, je m’avise de faire escale dans le premier café venu. Une devanture accroche mon regard : on peut y lire – du moins c’est ce que je crois de prime abord – « Coffee Shop ». En m’approchant, je perçois derrière la vitre des étagères remplies de flacons de peinture et tout le nécessaire pour se livrer à cet art. Sensation de bug… Pourtant, c’est bien deux personnes que je vois attablées en train de siroter une boisson devant un ordinateur. Je ne risque rien à entrer…  Bien m’en a pris. À l’intérieur, je comprends qu’il fallait lire « Créa’café » : un café où on peut boire et se restaurer, mais aussi se livrer à une activité artistique – de la peinture, donc, en toute autonomie. Précisions de Louise Collin Kaminski qui témoigne de ce qui l’a motivée à ouvrir ce lieu et y accueillir une personne en « immersion professionnelle », Rébecca Rastano, qui a bien voulu évoquer son propre projet, dans l’entretien qui suit celui-ci.

– Si vous deviez, pour commencer, caractériser ce lieu, Créa’Café ?

Louise Collin Kaminski : Ce lieu, je l’ai conçu à la fois comme un coffee shop et un atelier pour des sessions de peinture en autonomie : tout le nécessaire est mis à disposition – petites palettes, flacons pots de peintures de différentes couleurs, pinceaux… – pour s’essayer à cette activité artistique. De là son nom : « Créa’Café by Lou ». En plus d’être créatif, c’est un lieu que j’ai voulu immersif, au sens où il est inspiré des années 1970, 1990 et 2000, soit les décennies de l’enfance de mes parents et de la mienne. Créa’Café est une manière de réunir nos deux générations et de susciter un lien émotionnel avec les clients. Ceux-ci sont plongés dans un univers qui les met en confiance en leur procurant le sentiment de se sentir un peu comme à la maison.

– Si, pour ma part, je ne me suis pas essayé à peindre, en revanche, je me suis laissé tenter par votre carte qui manifeste le souci de proposer des produits de qualité…

Louise Collin Kaminski : En effet, je propose une carte de boissons et de gâteaux 100% végétaux : de quoi satisfaire les personnes qui rencontrent des problèmes de digestion, les végétalien.nes ou encore les diabétiques – je propose également des boissons sans sucre.

– Qu’est-ce qui vous a prédisposée à franchir le pas de l’entrepreneuriat, car, bien sûr, Créa’Café est une entreprise. Comptez-vous des entrepreneurs dans votre entourage familial ?

Louise Collin Kaminski : Non, et mon propre parcours ne m’y prédisposait pas non plus. Passionnée d’art pictural, j’ai participé en tant qu’élève pendant seize ans à un atelier de dessin et de peinture. J’ai par ailleurs fait un double master, l’un en design textile, un second en recherche création artistique. Initialement, je voulais travailler dans un bureau de recherche sur les tendances. Malheureusement,  c’est un milieu plutôt fermé. Alors que j’étais partie en quête d’un emploi, depuis onze mois, je me suis retrouvée dans un café céramique….

– !?

Louise Collin Kaminski : Il en existe plusieurs qui ont ouvert récemment à Paris. Je en ai donc fréquenté un dans le 17e arrondissement pendant près de deux ans. J’ai travaillé dans l’un d’eux pendant deux ans. Mais dès le premier mois de cette expérience, je sus que je voulais ouvrir « mon » lieu créatif, un café en l’occurrence, qui concilierait ma passion pour les coffee shops et mon goût pour la peinture mais aussi pour la transmission, la pédagogie…

– En cela, vous êtes un exemple pour toutes ces personnes qui ont plusieurs aspirations, mais se croient obligées de devoir en choisir une, en ne s’autorisant pas à les vivre en même temps. Vous administrez la preuve qu’on peut les concilier dans un même projet.

Louise Collin Kaminski : La personne que j’accueille pour les besoins d’une immersion professionnelle, Rébecca en est aussi un bon exemple. Elle souhaite créer à son tour un café, après avoir été plusieurs années durant juriste. Jusqu’alors, elle a eu tendance à répondre aux attentes des autres, à commencer par sa famille. Désormais, elle souhaite trouver sa propre voie, en se consacrant à ce qu’elle aime. Elle a commencé par faire une pause en entreprenant avec son conjoint un tour du monde, qui lui a inspiré l’envie de créer à son tour un café. Nous ne nous connaissions pas jusqu’à ce qu’elle me sollicite un jour pour faire une immersion professionnelle comme cela est désormais possible pour toute personne en quête d’un emploi ou porteuse d’un projet entrepreneurial.

Pour ma part, c’est la première fois que j’accueille ainsi une personne, et pour cause : je débute dans l’entrepreneuriat – Créa’Café n’a ouvert qu’en juin 2025. Moi-même avait cherché à faire une immersion professionnelle. Malheureusement, je me suis heurtée à beaucoup de refus. Pourtant, cela peut être vraiment utile pour tout candidat à la création d’entreprise. D’une durée variable, d’une semaine à un mois, cela permet de découvrir une activité, un univers professionnel. C’est très enrichissant. Quand, donc, Rébecca m’a sollicitée, je n’ai pas hésité une seconde. Et je ne le regrette pas tant elle est formidable ! Je lui fait profiter de l’expertise acquise en matière de service client, de gestion, etc. ; de mon expérience entrepreneuriale. J’ai aussi tenu à la prévenir: créer une entreprise relève du parcours du combattant…

– Pouvez-vous préciser ?

Louise Collin Kaminski : Même s’il existe des dispositifs d’aide, d’accompagnement, il faut les chercher pour les trouver. Il faut avoir l’énergie, la motivation et surtout un entourage pour nous encourager. Sans ça, on a très vite envie d’abandonner. Pour finir lauréate d’un concours, celui de é « Monte ta Boîte en 2 Mois », je me suis battue et j’ai fait de courtes nuits… Ouvrir un business ne se fait pas en un claquement de doigts, mais comme pour tout, si on s’en donne les moyens, on peut y arriver ! Je précise que le fait d’avoir été lauréate du concours « Monte ta Boîte en 2 Mois » m’a permis de bénéficier de sa formation gratuitement et d’un suivi personnalisé, ce qui n’était pas négligeable.  C’est important aussi d’être reconnu. À ce propos, je tiens à mentionner un autre prix, celui des jeunes talents, que j’ai obtenu pour l’exposition du Printemps des arts de Maisons-Alfort (dans le 94). Au final, la création de mon café aura pris un an et demi entre la décision de me lancer et le moment où j’ai ouvert mon café. Pour faire gagner du temps à Rébecca, je la mets en relation avec les associations et autres structures qui m’ont accompagnée dans l’élaboration de mon business plan, alloué des aides financières, etc.

– Je ne demanderais qu’à recueillir son témoignage. Auparavant, voici une réflexion que je poursuis autour d’un sujet d’étonnement : la capacité d’hommes et de femmes à survivre aux chocs assénés quotidiennement par le flot d’informations toutes plus désespérantes les unes que les autres – entre celles relatives au changement climatique et celles relatives aux guerres, à des faits divers sordides, etc. Des infos qui disent bien la réalité du monde – je ne verserai pas dans une vision « complotiste. N’empêche, elles nous sont données sans filtre ni précaution. Mon hypothèse, c’est que ces personnes parviennent à atténuer ces chocs en investissant des lieux qui, sans les couper du monde, atténuent l’effet de ces chocs, ces lieux pouvant être un chez soi douillet ou un lieu accueillant du public : un tiers-lieu, un café comme le vôtre… Des lieux où on peut se « restaurer » – dans tous les sens du mot -, se compter pour mieux affronter cette actualité. Ces considérations vous parlent-elles ?

Louise Collin Kaminski : Oui, bien sûr. Cela me fait même penser au philosophe Michel Foucault…

– ?!

Louise Collin Kaminski : Oui, à Michel Foucault et sa notion d’hétérotopie par laquelle il désigne des lieux qui nous soustraient de l’environnement ordinaire : une fête foraine, par exemple. Pour ma part, je crois n’avoir pas cherché autre chose qu’à créer un lieu qui rompt avec l’environnement du quotidien, en plongeant mes client.es dans cette ambiance des années 1970 et 1990, mais aussi en leur permettant de contempler le spectacle d’une nature luxuriante : mon café a la chance d’être juste devant un mur végétalisé. Tant et si bien qu’on n’a plus vraiment l’impression d’être dans le Paris survolté, mais dans une bulle propice à l’expression de sa créativité, serait-on un peintre en herbe.

– Si j’avais su qu’en entrant dans votre café, je me retrouverais à entendre parler de cet auteur !

L’entretien se termine dans un éclat de rire.

Propos recueillis par Sylvain Allemand

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