Le serre-joint sacré

et autres légendes
Nouvelles fronttières mythologiques

Le serre-joint sacré et autres légendes couronne cinq décennies d’exploration des imaginaires collectifs et intimes. Dans ce nouveau livre (le premier publié chez Sérendip’éditions), l’auteur fait se rejoindre autobiographie et mythologie pour cartographier un territoire que peu ont osé arpenter : celui des légendes personnelles. Pourtant, nous portons tous de récits intimes tissés de mythes antiques, de fables modernes et de souvenirs transfigurés ! Christian Gatard en fait l’hypothèse centrale de ce livre. L’imaginaire fonctionne en cela comme un compost symbolique où les anciens mythes se décomposent pour germer autrement. Sans prétention confessionnelle ni exactitude historique, il assume pleinement ce glissement — l’errance y devient méthode, l’égarement cartographie, l’invention fidélité à une vérité plus profonde. Partir ainsi en quête de ses propres légendes est tout sauf un repli sur soi. C’est retrouver la source vive de narrations intimes, revendiquer des histoires souterraines — aussi bancales soient-elles — et rappeler, par l’écriture, que nous sommes tous faits d’un mélange instable et vital de souvenirs, de rêves et de mythes.

DÉTAILS TECHNIQUES

Auteur(s) : Christian Gatard
Catégorie(s) :
Nombre de pages : 272
Format : 130x190 mm
Date de parution : 25 mai 2026
ISBN : 9782488570039
Prix : 20,00 

Extrait

Ces légendes sont des chimères littéraires. Elles ruissellent de représentations pourtant bien réelles. On pourra hésiter à les reconnaitre comme telles. C’est que la réalité s’y hybride avec la fiction, discrètement, en chuchotant. Ces chimères se murmurent à l’oreille l’une de l’autre des vies secrètes, des aventures singulières.
Les souvenirs chevauchés ici sont authentiques pour autant que je puisse faire confiance à ma mémoire.
Les reconstitutions de fantasmes dissous dans l’acide des souvenirs y constituent une légende personnelle, d’un égoïsme assumé et joyeux.
En soulevant le voile qui recouvre précautionneusement le déroulement d’un quotidien qui cache son jeu, ou pour être plus précis ses jeux multiples et trompeurs, j’ai déclenché une forme d’automythographie si tant est qu’un tel concept existe.
Tout y est ou a été vécu comme si j’y étais parce que j’y étais. Je ne laisserai personne dire que ce sont des inventions ou des affabulations gratuites.
Ce sont des inventions et des affabulations incarnées, qui racontent la vraie vie, ma vraie vie.
Peut-être une réminiscence d’un de ces invariants qui fondent notre relation au monde : le sens du magique, la passion du tragique, bref le mythologique.
La mythologie, ça n’est pas fait pour faire joli. C’est un tsunami de légendes de plus en plus probables, de plus en plus efficaces. Elles ne se laissent pourtant pas dompter facilement. J’ai fini par me rendre compte que leurs antiques mémoires sont des feuilles de route parfaitement adaptées à notre époque.
Mais personne n’est obligé de croire que les premières secousses (qui remontent à la nuit des temps) ressemblent aux actuelles (qui annoncent les temps futurs). En ce qui me concerne, même si je dois parfois rogner les bouts qui trainent, je me suis fait à l’idée.

Mais faut-il laisser la mythologie aux mythologues ?
Et les mythes aux chaires universitaires ou aux blockbusters hollywoodiens ?
Parlons-en.

Des objets se serrent et se jointent le long des rives du fleuve du temps et au-dessus de la cheminée de mon bureau. Ils racontent des mythologies buissonnières.
Des légendes égoïstes mais pas autolâtres suintent dans la pièce selon des protocoles connus de moi seul – ce qui suffit à notre bonheur.
Nous avons une complicité souriante. On n’est pas dupe. On se doute bien que toutes ces histoires sont construites sans règles très précises : artefacts échangés dans un village Dayak à Bornéo, jouets jetés dans le sac au détour d’une poubelle, papiers à prière et billets de la Banque d’Enfer à Hong Kong, serre-joints du Marché Serpette ou du Bon Coin, Bouddhas de plastique chipés à Shanghai et Guanyin en bois achetée dans le Colorado, masques togolais du marché Hedzranawoe à Lomé ou figures de bouffon nahua du Michoacan – c’est au Mexique et je l’ai, celui-là, obtenu dans le Marais – statuettes dénichées dans une long house abandonnée du Sarawak. Cette accumulation n’est pas due au hasard.
Les marchés, de Bangkok à Lomé, de Tananarive à St Ouen, ont révélé un fil conducteur.
L’affaire pourra paraitre modeste, secondaire, voire anecdotique mais qu’on ne s’y trompe pas. Derrière le chaos apparent règne le destin du monde.
De cette accumulation est né le mythodrome, un cabinet de curiosité constitué de ces objets glanés depuis que le monde existe. La conception puis la mise en production d’un mythodrome est une promenade sur une crête venteuse. Elle suit un chemin balisé entre le précipice de l’imaginaire et les falaises du réel. Il ne s’agit pas de raconter des anecdotes plus ou moins croustillantes sur une existence qui n’en manque pas. Le défi est beaucoup plus ambitieux… ou dérisoire.
Il s’agit de s’aventurer dans l’antre de la machine même, là où se fabrique l’être, l’écosystème de soi qui se compose et se recompose en permanence nourri de réalités crues et de fantasmes cuits.
Une vie exotérique, profane, publique si l’on peut dire, laisse des traces. Souvent les témoignages sont crédibles. Pourquoi raconter des bobards ? On finit toujours par se faire rattraper par le réel.
J’ai souvent ramassé des fragments de souvenirs et explorer des passages secrets. J’ai collé des bouts sur le mur et j’ai invité les passants à jeter un œil. Pourquoi faire compliqué ? Pourquoi se prendre la tête quand on peut faire simple ?
Mais un mythodrome ?
C’est un peu surprenant. Vous ne saviez pas que ça mijotait.
C’est après coup que vous vous rendez compte. Et c’est après coup que vous pouvez commencer à en parler.
Un jour, ça prend forme inattendue et parole imprévue. Ce jour-là, il faut passer du temps pour écouter, apprivoiser, chevaucher la chose, lui trouver un endroit. Ça voyage en amont et en aval du temps. Ça a assisté au commencement de toutes choses. Ça revient d’un monde futur.
Quand reviennent ces voyageurs, il leur faut un endroit pour se reposer, jouer, pisser, raconter : un mythodrome, donc.

Le serre-joint sacré et autres légendes couronne cinq décennies d’exploration des imaginaires collectifs et intimes. Dans ce nouveau livre (le premier publié chez Sérendip’éditions), l’auteur fait se rejoindre autobiographie et mythologie pour cartographier un territoire que peu ont osé arpenter : celui des légendes personnelles. Pourtant, nous portons tous de récits intimes tissés de mythes antiques, de fables modernes et de souvenirs transfigurés ! Christian Gatard en fait l’hypothèse centrale de ce livre. L’imaginaire fonctionne en cela comme un compost symbolique où les anciens mythes se décomposent pour germer autrement. Sans prétention confessionnelle ni exactitude historique, il assume pleinement ce glissement — l’errance y devient méthode, l’égarement cartographie, l’invention fidélité à une vérité plus profonde. Partir ainsi en quête de ses propres légendes est tout sauf un repli sur soi. C’est retrouver la source vive de narrations intimes, revendiquer des histoires souterraines — aussi bancales soient-elles — et rappeler, par l’écriture, que nous sommes tous faits d’un mélange instable et vital de souvenirs, de rêves et de mythes.

0
    0
    Votre panier
    Votre panier est videRetour à la boutique
    Retour en haut