Rencontre avec Jean-François Marmey
Ce dimanche 27 septembre, nous étions au domaine de l’Ors, à Châteaufort (Yvelines), à l’occasion de l’anniversaire des cinquante ans du classement de la vallée de la Mérantaise – un cours d’eau qui se jette dans l’Yvette. L’occasion d’une rencontre improbable avec une personne qui s’emploie, avec l’association qu’il a créée, à aller sur les pas de Liszt, le célèbre musicien, à travers l’Europe…
– Je vous rencontre à l’occasion des cinquante ans du classement de la vallée de la Mérantaise, dans le domaine de l’Ors, à Châteaufort. J’apprends de Renée Delattre, également présente [et objet du livre de conversations que nous avons édité sous le titre Vauhallan, carrefour du monde], que vous marchez sur les pas de Liszt… Pouvez-vous nous en dire plus ?
Jean-François Marmey : Avec d’autres amis mélomanes et mon épouse Françoise, passionnée par Franz Liszt, nous avons effectivement créé une association destinée à faire connaître ce compositeur au-delà d’une certaine élite, de musicologues ou de mélomanes, amateurs de la musique romantique du XIXe siècle. C’est d’autant plus important que la découverte de ses œuvres permet, et c’est en cela que je trouve ce compositeur particulièrement intéressant, d’avoir un regard sur l’ensemble du siècle qu’il a traversé de part en part puisqu’il est né en 1811 et qu’il est mort en 1886, au terme d’une vie particulièrement riche. Tant et si bien que nous pourrions en discuter pendant des heures ! Si je devais donc résumer, je parlerais d’un statut de rock-star au début de sa vie, puisqu’il a inventé le concept du concert « seul au piano », en partant du principe que le « grand public » n’avait pas forcément les moyens d’assister à des concerts symphoniques – ceux-ci étaient plutôt réservés à une élite. Il a de ce fait amené la musique dans la rue sinon dans des salles de village, à travers l’Europe, en composant des transcriptions d’œuvres diverses dont des opéras, composés à son époque et dans le passé, de façon à ce que le « peuple » puisse aussi accéder à la grande musique.
– À travers cette association, il s’agit donc de faire connaître ce compositeur mais aussi, m’avez-vous dit en amont de cet entretien, sa dimension proprement européenne, en allant sur ses pas, littéralement…
Jean-François Marmey : En effet. Rappelons pour commencer que Liszt illustre bien les affres que l’Europe a connues au cours de son histoire puisqu’il est né dans un village qui se situait à l’époque en Hongrie et qui, aujourd’hui, se trouve en Autriche, à quelques encablures de Vienne. Très jeune, il était déjà un musicien virtuose de sorte que, alors qu’il n’avait que douze ans, son père, Adam, l’a amené à Paris pour l’inscrire au conservatoire de musique de la ville. Mais il se heurta au refus du directeur, un certain Luigi Cherubini, pourtant comme lui d’origine étrangère… Liszt s’est donc formé par ses propres moyens après avoir eu quand même, comme tuteurs, de prestigieux compositeurs : l’Autrichien Carl Czerny et le célèbre Italien Anton Salieri. À l’âge de seulement 14 ans, il fit une tournée de concerts en Angleterre. Malheureusement, son père pris froid à cette occasion et décéda – il a été enterré en France, à Boulogne-sur-Mer. Le jeune Liszt avait encore sa mère, Anna, sur laquelle il tint à veiller, en la faisant venir à Paris, depuis son village natal de Hongrie. On l’aura compris : s’il a multiplié les concerts, c’était aussi et d’abord pour subvenir à leurs besoins. Pour en revenir à notre association, elle a été créée en 2011, suite au bicentenaire de sa naissance. De nombreux concerts et conférences avaient été organisés à cette occasion. C’est comme cela que nous avons, avec mon épouse, découvert le « personnage », ses relations avec d’autres personnalités pour lesquelles nous avions une attention particulière comme George Sand qui l’avait accueilli chez elle, dans son domaine de Nohant, où elle hébergeait un autre immense pianiste, représentant de la musique romantique du XIXe siècle, s’il en est : Frédéric Chopin.
– Pourquoi « Sur les pas de Liszt » ?
Jean-François Marmey : Cela dit bien ce que cela veut dire : au-delà de ses compositions, nous voulons faire connaître le grand voyageur qu’il fut : les concerts qu’il a donnés au cours de sa vie lui ont fait parcourir de l’ordre de 10 000 km, à travers l’Europe, notamment en France et en Allemagne, jusqu’en Russie et même Istanbul. Ce qui est considérable quand on sait qu’à l’époque, on ne disposait pas de la voiture à moteur, encore moins de l’avion, tout se faisait en voiture à cheval. Il y avait bien le train, mais dans les années de jeunesse de Liszt, on en était encore qu’aux premiers balbutiements.
– Nous réalisons l’entretien dans le Domaine de l’Ors – à Châteaufort, dans les Yvelines – où Liszt n’est jamais venu, du moins à ma connaissance.
Jean-François Marmey : J’en doute aussi mais cela mérite d’être vérifié parmi les milliers de lettres que l’on a conservées de lui ! [Rire].
– Qu’est-ce qui vous a donc conduit ici ? Je pose la question même si je me doute que votre existence ne se résume pas à aller sur les seuls pas du célèbre compositeur…
Jean-François Marmey : Non, en effet ! Il se trouve que je réside dans les environs et participe de longue date aux activités de l’Union des Amis du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse [UAP]. Avec mon épouse Françoise Quédeville Marmey qui a participé activement, en tant que militante, à l’émergence du parc naturel, nous nous employons à faire en sorte qu’il puisse survivre aux pressions de programmes immobiliers qui, à nos yeux, n’ont pas lieu d’être dans un environnement aussi protégé. Je me retrouve en cela dans l’engagement de Renée Delattre, rencontrée à l’occasion de cette journée, en faveur de la préservation des rigoles et des étangs de Saclay. D’autant que, des rigoles, nous en avons aussi dans notre commune – comme celles du plateau de Saclay, elles participaient du même système d’alimentation en eau des fontaines du château de Versailles. L’engagement de Renée Delattre en faveur d’une valorisation de ce patrimoine des rigoles, constitue à cet égard un exemple pour nous.
– Vous vous apprêtez à partir à Rome en y emportant avec vous l’exemplaire que vous vous êtes procuré à cette occasion, du livre de conversations que nous avons réalisé avec elle. Avec quelle intention ?
Jean-François Marmey : En plus de vouloir disposer de quoi lire durant mon voyage, je souhaite en savoir plus sur le rôle qu’un ami commun que nous accompagnons, Maître Jean-Pierre Boivin, a eu dans la préservation des intérêts de l’abbaye de Limon, à Vauhallan, face aux velléités d’urbanisation excessive d’une municipalité d’une certaine époque. Confrontés à une situation similaire dans notre propre commune, l’expérience de Vauhallan nous est très profitable.
Propos recueillis par Sylvain Allemand
Pour en savoir plus sur l’association de Jean-François Marmey, Sur les pas de Liszt, cliquer ici.
