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Un univers enchanté

de Marshall Sahlins, Gallimard, 2026, 256 p., 21,50 €

Dans son célèbre Âge de pierre, âge d’abondance, traduit en français en 1976, l’anthropologue américain, disparu en 2021, avait remis en cause l’idée que les chasseurs cueilleurs auraient vécu dans une sobriété forcée du fait du temps nécessaire à trouver de quoi se nourrir. En réalité, l’abondance est toute relative : on peut y accéder dès lors qu’on se contente de peu ! Au fond, c’est la même critique d’un certain ethnocentrisme que Sahlins poursuit dans ce livre posthume, où il s’attache à montrer comment la conception immanente du monde (où matière et esprit se mêlent) a été supplantée dans les sociétés « modernes » par une vision transcendentale, distinguant clairement le monde des humains et celui des dieux. En réalité, comme il prend soin de le montrer, la réalité n’en est pas moins toujours plus complexe. S’il étaye son propos à la lumière d’études de terrain, les siennes ou de collègues, auprès d’ethnies apparemment éloignées de nous – les Inuit, les Dinka (Afrique de l’Est) les Trobriandais, etc. -, on comprend que cette complexité s’observe aussi chez certaines « tribus » d’économistes qui, tout en prétendant faire science, n’en sont pas moins aussi parfois sujets à des croyances prêtant des pouvoirs surnaturels au marché…

Sylvain Allemand

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